Survols, la photographie aérienne des villes 

DU DOCUMENT À L’ŒUVRE

Qu’elle fasse le portrait d’une ville ou d’un territoire, la photographie aérienne est avant tout une photographie documentaire. Réalisée par des opérateurs anonymes, elle illustre une situation qu’une légende détaillée vient décrire sans ambiguïté. Cependant, depuis le début des années 2000, on assiste à un changement de statut de ce genre photographique, aussi populaire qu’il est négligé par les histoires de la photographie. Des photographes que l’on qualifie habituellement « d’auteurs » investissent la vue aérienne, qui perd son statut de document pour accéder au rang d’œuvre. Marcel Duchamp, avec son Grand Verre, Ed Ruscha avec Thirtyfour parking Lots in Los Angeles * (1974), ou Alberto Giacomelli et sa Storia della Terra** peuvent être vus comme des précurseurs de cette nouvelle tendance.

 

Cette partie de l’exposition a présenté une sélection de photographes contemporains se démarquant du documentaire, du reportage ou de l’abstraction, pour faire œuvre à travers l’image aérienne de l’espace urbain.

 

Plus question de décrire une ville ou un paysage, à travers la vue aérienne, les photographes abordent des thématiques comme la surveillance, l’artificialisation du monde, ses parties montrées ou cachées, secrètes ou publiques — un propos central du travail de Mishka Henner. D’autres envisagent l’espace urbain comme une sorte de monstre menaçant qui se signalerait par un bruit granuleux, une texture, à l’instar de la série Oblivion de David Maisel. Lorsqu’elle traite de la destruction, suivant une préoccupation historique de la photographie aérienne qu’Olivo Barbieri reprend à son compte, la vue aérienne se distingue par la dimension des tirages, qui prennent par leur taille le statut d’œuvre. L’image aborde la ruine à la manière d’un objet trouvé, presque conceptuel, qui interroge la fragilité des sociétés contemporaines.

* En français : Trente-quatre aires de parking à Los Angeles.

** Histoire de la terre, réalisée en 1974 et 1981.