Survols, la photographie aérienne des villes 

LE KALÉIDOSCOPE URBAIN

Si elle dévoile le visage d’une ville, la photographie aérienne est aussi le reflet d’une époque et de ses préoccupations. Les images de chaque période varient en fonction de l’avancée des techniques photographiques et aéronautiques, du stade de développement urbain, des préoccupations géopolitiques, comme des producteurs et des utilisateurs de ces clichés.

 

Ainsi, après des temps pionniers marqués par la découverte et l’expérimentation, l’image aérienne va devenir un outil décisif au service de la guerre. Les deux conflits mondiaux laisseront des villes détruites que la photographie aérienne se chargera de recenser. Le temps des reconstructions sera aussi celui des urbanistes, utilisant à leur tour l’image aérienne pour planifier la remise en état des villes, en suggérant à l’occasion une modernisation radicale de l’espace urbain guère plus tendre que les bombes pour la ville ancienne. Pour Le Corbusier et d’autres, la ville n’est plus adaptée aux besoins contemporains : le visage de la ville de demain se construit en images, sur des photomontages utilisant pour arrière-plan les vues aériennes de la ville existante.

 

D’une façon inattendue, la vue aérienne partira à la découverte du passé de l’humanité, dès lors qu’elle passera dans les mains des archéologues. Ils exhument une autre ville, qu’il s’agit de conserver et de reconstituer, au moins par le dessin.

 

Avec les architectes et les urbanistes, les géographes sont d’autres grands utilisateurs de la photographie aérienne. L’image permet de reconstituer les grandes unités géographiques — répartition des cultures, caractéristiques des fleuves, utilisation des franges littorales — et de développer une pédagogie picturale du territoire, d’expliquer les interactions entre une topographie, une économie et une société. Les préoccupations écologiques et les dynamiques environnementales découlent de ces observations. Elles sont contrôlées par l’image satellite, prenant de l’altitude pour élargir le cadre et replacer les villes au sein d’un territoire plus vaste, qui se structure autour des métropoles. L’imagerie numérique rend visible l’invisible, élargissant encore l’ampleur du kaléidoscope urbain, renouvelant sans cesse l’analyse de la ville — relevés de températures, mesures, comptage des aires végétales.